samedi 31 mars 2012

[Réflexions] Observations succinctes : les gestes


Les gens, ces êtres nous semblant si proches et si éloignés, ces entités venant simplement pour créer ce sentiment de solitude peuplée. Nous ne les remarquons pas, ou plutôt nous n’avons que faire de leur présence, pourtant, les observer ces « vous » et ces « moi» se révèle bien plus divertissant que ce que l’on pourrait croire. Je ne parle pas de dévisager le premier quidam que vous verrez, je ne parle pas non plus d’aller discuter avec un inconnu (car comme on l’entend assez l’étranger doit le rester featuring Claude Guéant).
Je parle de faire attention aux détails, aux petites choses que l’on appelle tics ou à ces gestes éphémères paraissant anodins et qui selon certains psychologues et psychanalystes en montrent énormément sur un individu, le révélateur de notre esprit n’est autre que notre corps. Vous commencez à comprendre à quoi je fais allusion ? Les mains notamment, j’ai toujours eût l’impression que ce que l’homme ne veut point que l’on perçoive les mains le font exploser au grand jour. Cela me permet d’évoquer d’un ton pédant le philosophe moderne Spinoza, ce brave monsieur grand panthéiste de son état, a émis une théorie sur le rapport entre l’âme et le corps. Non, ne partez pas ça ne sera pas si ennuyant que cela ! Donc ce brave barbu (à cette époque la barbe n’était pas réservée à l’islamiste et était même plutôt hype) dans son ouvrage nommé Ethique pose comme idée que l’âme et le corps sont identiques, ou plutôt que l’âme est l’égal du corps dans une autre substance, l’âme est contenue dans la substance nommée pensée et le corps dans la substance physique, or ce corps et cette âme sont parallèles dans leur substance respective c’est-à-dire que lorsque l’un est influencé par des événements l’autre l’est. Bon, évidemment c’est bien plus complexe que cela et Spinoza accompagne toutes ces hypothèses de grandes démonstrations logiques mais je n’ai ni la prétention ni l’envie de pouvoir faire état de la pensée Spinoziste ici. Imaginons que la thèse de Spinoza soit vraie, cela voudrais dire que ce qui affecte l’âme affecte le corps et sachant que le philosophe pose aussi le postulat que l’âme est égale à la pensée alors ce à quoi un homme pense se répercute irrémédiablement sur son corps. Maintenant relions ça avec le début de l’article et vous avez maintenant l’explication de pourquoi je trouve cela si drôle d’observer les gens. Prenons un exemple qui m’est fort proche, c’est une histoire assez chiante je vais donc essayer de rendre cela un minimum attrayant. Ma mère est morte (bon ok j’essaie de plagier l’Etranger), je suis dans le RER, il faut chaud, très chaud même, le soleil de sa resplendissante robe jaune fait ressortir les odeurs les plus abjectes que le parisien puisse émettre. Un homme entre, la quarantaine, le genre de personne que j’insulterais volontiers un soir de pleine lune, costard, attaché-case, chaussure à l’allure démesurément pointue, bref, le genre de type travaillant à la Défense. Cet homme que nous appellerons Jean Jaurès reste debout, dos à moi, j’ai ses mains en plein dans mon axe de vision, forcément cela m’intrigue, pourquoi une main dotée d’une babiole Rollex s’impose-t-elle à mon organe rétinien ? Ne voulant pas le moins du monde être assimilé à un poltron j’entame ce que nombres de mes contemporains nomment pédiment baston de regard avec cette main se prenant pour une bourgeoise. L’espace d’un instant, de cette petite scène muette, j’eût l’impression de pouvoir définir clairement les pensées du propriétaire de cette main, tout cela grâce au faite qu’il remuait inlassablement les clés de sa voiture (une Audi me semble t-il) et qu’il avait écarté une clé ressemblant fortement à une clé de domicile. Jubilant de cette petite scène qui se déroule sous mes yeux, j’interprète tout cela avec une verve que je ne savais pas présente chez moi hors grands moments de frivolité. Cet homme, vient d’acheter une voiture excessivement chère, a constamment peur pour elle, de plus il s’apprête à rentrer chez lui sauf qu’avec sa femme ça ne va pas, disputes incessantes, plus de sexe, bref une vie de merde. Soit ais-je raison et dans ce cas je viens de me découvrir un don, soit j’ai tout faux et alors je me serais au moins bien amusé en plus d’avoir trouvé un sujet d’article. J’ai d’autres exemples mais j’avoue qu’il furent bien moins divertissants que celui-ci je n’en dirais donc pas un mot (d’ailleurs une de mes « expériences » approchait fortement l’érotisme, enfin je crois, il me semble… Il ne vous reste plus qu’à essayer à votre tour et de vous divertir lors de ces longs moments de solitude… peuplée m’a-t-on dit.