lundi 18 mars 2013

Littérature Voyage au bout de la nuit

Voyage au bout de la nuit, l'argot comme réquisitoire contre la guerre

Céline, ce bon Louis-Ferdinand Céline, il ne laisse personne indifférent, taxé de génie par certains, d'ignoble antisémite collaborationniste par d'autres. Personnellement peu m'importe les querelles quant à la personne de Céline, ce que j'aime c'est sa littérature, son écriture, sa férocité dans la verbe, sa haine dans le mot, sa cruauté dans l'argot.

En effet, ce qui frappe chez cet auteur c'est son utilisation du langage parlé et de l'argot à travers tout le roman. Il se sert de la puissance évocatrice du langage populaire pour faire jaillir une extrême violence. Toutefois ne voyons pas Céline comme un simple romancier ayant décidé d'utiliser l'argot pour créer le scandale, son génie réside dans le fait qu'il ne plaque pas la langue parlée telle-qu'elle dans le roman mais il la transforme, la sculpte pour la magnifier. Il crée l'apparence d'un relâchement de la langue alors qu'en réalité la prose est poussée dans ses derniers retranchements. Cela nous plonge directement au coeur du récit, au coeur de l'horreur et la haine qui habite le narrateur Bardamu.

Ce style si beau et si terrible, si grandiose et si profond se met au service d'idées que prône le narrateur. Contrairement aux idées reçues, Céline à travers Voyage au bout de la nuit apparaît clairement comme anti-nationaliste à travers la démonstration de l'absurde attachement à la patrie. Il évoque de même l'absurdité de la guerre, l'absurdité de combattre des personnes "ne nous ayant rien fait à nous" au nom d'un pays qui se sert de la bêtise humaine pour l'envoyer se faire massacrer au front.

Céline expose ses thèses en prenant comme prétexte les vagabondages malheureux de Bardamu, de la première guerre mondiale (qu'a connu Céline lui-même), en passant par l'Amérique puis l'Afrique. Le lecteur est pris en otage du verbe de Céline, il ne peut pas décrocher, il le veut pourtant mais la vérité bien que douloureuse nous empêche de s'en aller ; de s'en aller loin de cette haine, de cet absurde, de la cruauté de l'homme.

Céline fait mal, son récit met à nu l'homme et sa bêtise, personnellement je le place dans la lignée d'un Cioran ou d'un Schopenhauer, ces auteurs qui ne voient que la noirceur de l'humanité.
Lisez Céline, appréciez son génie, émerveillez vous du style et imprégnez vous du discours. Il dit vrai certes, mais prenez garde ou vous finirez par le défendre face aux paria de la "littérature" contemporaine.

Assaut sous les gaz, Otto Dix (1924)


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