Les
gens, ces êtres nous semblant si proches et si éloignés, ces
entités venant simplement pour créer ce sentiment de solitude
peuplée. Nous ne les remarquons pas, ou plutôt nous n’avons que
faire de leur présence, pourtant, les observer ces « vous »
et ces « moi» se révèle bien plus divertissant que ce que
l’on pourrait croire. Je ne parle pas de dévisager le premier
quidam que vous verrez, je ne parle pas non plus d’aller discuter
avec un inconnu (car comme on l’entend assez l’étranger doit le
rester featuring Claude Guéant).
Je parle de faire attention
aux détails, aux petites choses que l’on appelle tics ou à ces
gestes éphémères paraissant anodins et qui selon certains
psychologues et psychanalystes en montrent énormément sur un
individu, le révélateur de notre esprit n’est autre que notre
corps. Vous commencez à comprendre à quoi je fais allusion ?
Les mains notamment, j’ai toujours eût l’impression que ce que
l’homme ne veut point que l’on perçoive les mains le font
exploser au grand jour. Cela me permet d’évoquer d’un ton pédant
le philosophe moderne Spinoza, ce brave monsieur grand panthéiste de
son état, a émis une théorie sur le rapport entre l’âme et le
corps. Non, ne partez pas ça ne sera pas si ennuyant que cela !
Donc ce brave barbu (à cette époque la barbe n’était pas
réservée à l’islamiste et était même plutôt hype) dans
son ouvrage nommé Ethique pose comme idée que l’âme et le
corps sont identiques, ou plutôt que l’âme est l’égal du corps
dans une autre substance, l’âme est contenue dans la substance
nommée pensée et le corps dans la substance physique,
or ce corps et cette âme sont parallèles dans leur substance
respective c’est-à-dire que lorsque l’un est influencé par des
événements l’autre l’est. Bon, évidemment c’est bien plus
complexe que cela et Spinoza accompagne toutes ces hypothèses de
grandes démonstrations logiques mais je n’ai ni la prétention ni
l’envie de pouvoir faire état de la pensée Spinoziste ici.
Imaginons que la thèse de Spinoza soit vraie, cela voudrais dire
que ce qui affecte l’âme affecte le corps et sachant que le
philosophe pose aussi le postulat que l’âme est égale à la
pensée alors ce à quoi un homme pense se répercute
irrémédiablement sur son corps. Maintenant relions ça avec le
début de l’article et vous avez maintenant l’explication de
pourquoi je trouve cela si drôle d’observer les gens. Prenons un
exemple qui m’est fort proche, c’est une histoire assez chiante
je vais donc essayer de rendre cela un minimum attrayant. Ma mère
est morte (bon ok j’essaie de plagier l’Etranger), je suis
dans le RER, il faut chaud, très chaud même, le soleil de sa
resplendissante robe jaune fait ressortir les odeurs les plus
abjectes que le parisien puisse émettre. Un homme entre, la
quarantaine, le genre de personne que j’insulterais volontiers un
soir de pleine lune, costard, attaché-case, chaussure à l’allure
démesurément pointue, bref, le genre de type travaillant à la
Défense. Cet homme que nous appellerons Jean Jaurès reste debout,
dos à moi, j’ai ses mains en plein dans mon axe de vision,
forcément cela m’intrigue, pourquoi une main dotée d’une
babiole Rollex s’impose-t-elle à mon organe rétinien ? Ne
voulant pas le moins du monde être assimilé à un poltron j’entame
ce que nombres de mes contemporains nomment pédiment baston de
regard avec cette main se prenant pour une bourgeoise. L’espace
d’un instant, de cette petite scène muette, j’eût l’impression
de pouvoir définir clairement les pensées du propriétaire de cette
main, tout cela grâce au faite qu’il remuait inlassablement les
clés de sa voiture (une Audi me semble t-il) et qu’il avait écarté
une clé ressemblant fortement à une clé de domicile. Jubilant de
cette petite scène qui se déroule sous mes yeux, j’interprète
tout cela avec une verve que je ne savais pas présente chez moi hors
grands moments de frivolité. Cet homme, vient d’acheter une
voiture excessivement chère, a constamment peur pour elle, de plus
il s’apprête à rentrer chez lui sauf qu’avec sa femme ça ne va
pas, disputes incessantes, plus de sexe, bref une vie de merde. Soit
ais-je raison et dans ce cas je viens de me découvrir un don, soit
j’ai tout faux et alors je me serais au moins bien amusé en plus
d’avoir trouvé un sujet d’article. J’ai d’autres exemples
mais j’avoue qu’il furent bien moins divertissants que celui-ci
je n’en dirais donc pas un mot (d’ailleurs une de mes
« expériences » approchait fortement l’érotisme,
enfin je crois, il me semble… Il ne vous reste plus qu’à essayer
à votre tour et de vous divertir lors de ces longs moments de
solitude… peuplée m’a-t-on dit.
